Centre d'Affaires Agora - Dakar
Entreprenariat

Time is Money – Entreprendre

Partager

En 2014, je me lançais dans ma première expérience d’Entrepreneur…..passionnant et pas facile (doux euphémisme), personne n’avait dit que ça le serait.

Premier enseignement tiré Time is Money.

Pas que je ne le savais pas mais en faire l’expérience financièrement c’est un peu différent. Et à force d’interagir avec les banques, les sociétés de télécoms, l’administration ou n’importe quel prestataire de service j’en suis arrivé à la conclusion que nous n’avions pas la même appréciation de cet adage bien anglo-saxon (en même temps votre interlocuteur est juste un employé-fonctionnaire).

Vous êtes entrepreneur ? Vous envisagez entreprendre ? Vous êtes passé ou passerez, d’une manière ou d’une autre, par la case business plan (lisez REWORK Réussir Autrement de Jason Fried; une dé-construction assez intéressante de certains mythes dont celui de la planification). Voir http://blog.c-marketing.eu/rework-reussir-autrement/

Et dans votre évaluation financière vous répondrez (ou tenterez de répondre plus exactement) à certaines questions, entre autres, COMBIEN ? QUAND ?

COMBIEN ça me coûtera et COMBIEN ça me rapportera ? Histoire de savoir in fine si nous allons nous enrichir (la notion de shareholder value, Enseignement N°2). Oui, parce nous ne sommes pas une association sans but lucratif -ou ONG.

QUAND va t-on commencer à réellement faire du business ? à facturer le client (plutôt à répondre aux besoins du client c’est plus politiquement correct). Parce qu’au début, vous dépensez et dépensez et dépensez encore et encore. Faut investir….avant de récolter.

Rien de nouveau sous le tropique du Capricorne me direz-vous. Seulement votre planification en répondant aux questions du Quand et du Combien, vous avez fait l’hypothèse que vous commenceriez à J+3mois; par exemple.

Que 3 mois seront suffisants pour être opérationnel, pour avoir accès à l’eau, l’électricité, l’internet. Que 3 mois seront suffisants pour vous équiper, pour finaliser votre site internet, vos plaquettes….vos cartes de visite.

ET vous découvrez toute la puissance des mots Inchallah, grawoul, Yalla bakhneu….soubbeu.

OUI….parce que l’électricité mettra 2 mois, que l’internet en mettra autant, que ton site internet et autres mettront 2 fois plus de temps que prévu, que la règle est le retard et pas le respect des délais chez 95% de vos fournisseurs. A vos calculettes, vous avez pris 6 mois de retard dans le démarrage effectif (là où tu commences à facturer le client) de votre projet…pendant que le compteur de tes charges tourne déjà. Et cela, malgré des prévisions ultra conservatrices.

Soudain tu découvres que Client, est un nouveau métier. Tu consacres l’essentiel de ton temps à quémander au « service après-vente » de tes fournisseurs pour bénéficier enfin d’un service pour lequel tu as payé, pour expliquer que tu ne demandes pas l’aumône mais ton dû.

A ce moment, je me suis senti seul au monde. Finalement, valorise-t-on le temps chez nous ? Il est vrai que nous nous plaisons à dire que nos ancêtres n’ont pas inventé la montre (pas si sûr d’ailleurs) histoire de justifier nos retards, mais quand même. Les débats sur l’afro pessimisme/optimisme, épargnons nous cela pour une autre fois.

Et puis je me suis tout simplement demandé s’il y avait une corrélation entre ce rapport que nous avons avec le temps et le sous-développement ? Laissons les érudits disserter sur la question, cela ferait une bonne thèse post doctorale.

Toujours est-il que je reste convaincu que nous n’accordons aucune valeur monétaire à la notion de temps et ce, au niveau le plus élevé de notre société.

Pour illustrer mon propos, sujet connu et souvent controversé de la demande de visa dans les Ambassades Occidentales (je réalise juste un vieux rêve de m’épancher sur la question). Supposons 50.000 demandes de visa par an dans les Représentations Occidentales à Fongolémi-Les-Bains ; Capitale de la République de Fongolémi (bon, on va citer personne histoire de ne pas fâcher quelqu’un).

Pour qui a déjà fait le parcours du combattant du demandeur de visa, en étant vraiment conservateur (hypothèse basse pour faire le statisticien), c’est 2 jours à consacrer à cet exercice (1/2 journée pour déposer, une autre pour récupérer votre passeport, 1 jour pour constituer le dossier). Oublions les frais engendrés (le visa, la prise de rendez-vous, l’assurance, les relevés bancaires, les photos, les attestations et autres), cela coûte 100.000 jours de travail à la République de Fongolémi, Monsieur le Président Fondateur. (Ne rentrons pas dans le débat de l’exactitude du calcul, encore une fois des érudits de la coopération Nord-Sud et de l’Aide au Développement voudront bien un jour faire une réelle évaluation.)

100.000 jours de travail, sans compter les dégâts collatéraux….les clients, comme moi, qui ne trouveront pas leur interlocuteur dans leur bureau pour cause de demande de visa (si le demandeur est un travailleur).

Ne dévoyez pas le propos de mon illustration qui ne consistait point à alimenter le débat (Ô combien explosif) sur les demandes de visa mais plutôt qui consistait juste à m’étonner que nul ne semblait être choqué du temps (et du coût engendré) utilisé à mauvais escient. J’aurais pu par ailleurs parler des employés qui ne revenaient pas au travail après certaines fêtes ou du nombre de jours de congés payés dans notre République.

Dans nos pays, en général classés dans le dernier tiers des économies développées (ou dans le premier quart des sous-développés c’est selon), le temps semble une denrée gratuite et inépuisable comme l’air (qui ne le sera d’ailleurs bientôt plus au rythme de la pollution).

Et pourtant, même si je le savais déjà, j’ai ré-appris que le temps c’est de l’argent et encore plus quand tu entreprends. A tous ces prestataires (banques, télécoms, électricité et autres) et services de l’administration, le temps c’est de l’argent. En tant qu’entrepreneur (et pas seulement) nous souhaiterions consacrer plus de temps à développer notre business….histoire de mieux vous payer (eh oui !) au lieu de défiler dans vos locaux pour faire l’expérience de l’absence de service.

Cher futur entrepreneur, ton urgence n’est pas celle de ton interlocuteur. Ce qui devait prendre 1 semaine en prendra sûrement 6. Commence au plutôt, ne sois pas optimiste ni conservateur mais pessimiste quand aux délais de réalisation. Car tu n’es pas à l’abri d’une rupture de stock de compteur à la société d’électricité ou de la lenteur avec laquelle le technicien télécom fera son rapport de faisabilité pour t’installer internet.

Mais j’ai une bonne nouvelle pour toi, il existe un métier extraordinaire (qui n’existe qu’à Fongolémi)…celui de Courtier en Tout (ça fera l’objet d’un autre billet)….avec lui ça peut aller plus vite, sans se déplacer (ou un minimum) mais ça peut coûter un peu plus cher. Parce que lui, il est connecté. Il connaît Koné pour reprendre une expression de mon enfance. Mais….il met aussi du beurre dans les épinards.

 Wakh sama xalat rek


Partager