@waidami
Société

Délit de faciès, délit de nominé

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L’Euro 2016 de football s’achève, grand moment de sport et de télévision plus souvent pour le genre masculin par ailleurs même si ces dames s’intéressent de plus en plus à ce genre d’évènement. C’est un autre débat. Les Jeux Olympiques de Rio débutent, tout aussi grand moment de sport où le genre humain tentera de repousser les limites de ses performances tant physiques que mentales. En espérant, que ces Jeux ne seront pas plutôt une Tribune politique au vu des évènements aux Etats-Unis.

A ces occasions sportives, la mixité des équipes apparaît comme une évidence de la réalité du monde d’aujourd’hui. Un Kenyan naturalisé Qatari sur un 10.000 m, un malien d’origine né français dans l’équipe de basket de France ou un turc naturalisé défendant les couleurs de l’Allemagne au Football. Ses origines, constamment rappelées par les journalistes dans les média, sonnent avec frustration comme le rappel d’une non intégration de l’individu au Pays dont il défend les couleurs. Un sentiment souvent partagé sur le Continent noir; terre d’origine de ces sportifs. On évitera de donner écho au discours d’une certaine classe politique européenne qui se veut extrémiste. Ce discours sur le rappel des origines qui j’ose croire (naïvement peut-être) se veut informatif au même titre que les performances passées du sportif, aide à construire des citoyens de seconde zone celle des naturalisés, de la seconde génération de l’immigration…celle des délits de faciès. Et chez nous, qu’en est-il ?

A Fongolémi, sur le continent africain, le délit de faciès n’existe pas pourrait-on penser. Nous sommes tous (plus ou moins) noirs. Pourtant au coeur du continent, un colonisateur « a réussi » à créer des ethnies sur (entre autres) la base de différences physiques (sic). A Fongolémi, nous nous essayons avec plus ou moins du succès à reconnaître les étrangers (étranger à notre groupe ethnique ou à notre pays, à notre religion ou à notre culture) à partir du physique. Cependant, notre pseudo expertise, réside dans ce que j’appelle le délit de nominé.

« Bonjour, je m’appelle Mohamed et toi ?

 » Soumahoro

« mais tu n’es pas fongolémien (ressortissant de la République de Fongolémi)…Soumahoro comment ?

« c’est vrai que Mohamed, ça fait très fongolémien (sourire en coin). Soumahoro Kanté.

 » Ah oui (l’air pensif), tu as raison Mohamed c’est d’origine arabe. Kanté ? Tu viens du Gondwana voisin ?

« Je suis fongolémien de naissance. Mon père est né à Fongolémi-les-Bains (la capitale de Fongolémi) avant que cette très chère République n’existe suite à sa décolonisation il y a 50 ans. Mon village n’a pas choisi de voir la frontière passer au milieu de la place du village (faisant par la même des membres d’une même famille ressortissants de pays différents) et mes ancêtres n’étaient que très étrangers à la notion de frontière. Le sage dit: le nom de famille, n’habite nulle part.

A quelques variantes près, ceci est la conversation que j’ai depuis plus de 40 ans avec mes compatriotes de Fongolémi à la Police des Frontières, dans l’Administration, en Entreprise, à l’Ecole…Je dois encore brandir mon certificat de nationalité fongolémien après mon 6ème passeport et il en sera de même pour mes enfants.

Dans certains pays, nous en sommes encore à ce qu’on pourrait appeler la fongolémité. Cette loi qui fixe les critères restrictifs de la « pureté » de la nationalité pour un candidat au mandat politique suprême. Au-delà d’être conflictogène, elle est d’autant plus ridicule qu’elle ne garantit en rien le patriotisme de l’élu (et la réalité politique nous le démontre au quotidien) et au vu de l’âge de notre classe politique l’exercice de la fongolémité est périlleux (candidat et ses parents nés avant l’existence de la République de Fongolémi, une administration d’Etat Civil approximative). Encore heureux, notre très chère République est épargnée des démons de la fongolémité, pour l’instant. Certes le débat n’a pas encore eu l’occasion d’être posé.

Le « délit de faciès »  ou délit de nominé, faites votre choix.


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